La destination de l'homme (extrait), paru en 1800
pp. 225-226
« Il est dans la destination de notre espèce de s'unir en un corps partout homogène et dont toutes les parties se soient généralement connues. La nature et même les passions et les vices des hommes ont, dès le début, tendu vers ce but; déjà bien du chemin est fait, et l'on peut escompter avec certitude que les conditions de nouveaux progrès futurs seront réalisées en leur temps. Et qu'on n'aille pas demander à l'histoire de nous dire si les hommes sont au total devenus d'une plus haute moralité! Ils sont parvenus à une grande liberté d'appréciation, ample et puissante, mais leur situation veut en quelque sorte nécessairement qu'ils n'utilisent cette liberté que pour le mal. Et qu'on aille pas lui demander davantage de nous dire si la culture esthétique, concentrée sur quelques points particuliers, et la culture rationnelle de l'antiquité n'ont pas dépassé en intensité celle des temps modernes! On s'exposerait peut-être à recevoir une réponse humiliante et à constater que, dans cet ordre d'idées, le genre humain, tout en avançant en age, paraît en recul et non pas en progrès. Mais demandez à cette histoire à quelle époque la culture qui existait s'est le plus répandue et répartie entre le plus d'individus! Et vous trouverez sans doute que, dès le début de l'histoire et jusqu'à nos jours, les quelques points lumineux de la culture se sont toujours élargis concentriquement et ont saisi les individus les uns après les autres, les nations une à une, et que cette propagation de la culture se continue sous nos yeux. Et ce fut le premier but de l'humanité dans son évolution indéfinie. Jusqu'à ce que ce but soit atteint, jusqu'à ce que la culture de chaque époque se soit répandue sur tout le globe habité et que notre espèce soit à même d'entretenir entre ses membres des communications illimitées, il arrivera forcément qu'une nation ou un continent soit obligé d'attendre l'autre sur la route commune et de sacrifier à l'union universelle, qui est leur seule raison d'être, ses propres siècles d'arrêt apparent ou de régression. Une fois ce premier but atteint, quand toutes les découvertes utiles faites à une extrémité de la terre seront immédiatement portées à la connaissance de tous et communiquées à tous, l'humanité s'élèvera sans interruption, ni arrêt, ni régression, avec une force commune et d'un même élan, à une civilisation pour laquelle nous manquons de notions adéquates. »
Johann Gottlieb Fichte : (19 mai 1762, Rammenau en Lusace - 27 janvier 1814, Berlin) est un philosophe allemand du XIXe siècle.
Intéressant! Le développement des technologies de communication tels Facebook et Twitter ainsi que l'Internet permettra à ce que toutes les connaissances soient non seulement accessibles à tous mais aussi communiquées à tous. Plus personne, plus de nations, n'auront d'avantages sur les autres. Tous seront sur un même pied d'égalité. Qu'est-ce que cela donnera? Si on regarde les progrès en matière de droit de la personne (oui il y a eu d'énormes progrès) et de démocratie (combien de dictatures reste-il et combien il y en avait il y a 30 ans?), je pense que l'on peut garder espoir. L'information ne doit pas être une arme que l'on utilise pour manipuler, mais un outil pour mieux bâtir notre avenir à tous. C'est en la partageant que nous pourront atteindre cette « civilisation pour laquelle nous manquons (encore de nos jours) de notions adéquates » pour la décrire et même l'imaginer.
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